Types de switch clavier : linéaire, tactile, clicky

Par la rédaction LaBonneConfig · Publié le · Mis à jour le

Schéma des trois courbes de force d'un switch linéaire, tactile et clicky sur 4 mm de course

Rouge, marron, bleu. Trois couleurs qui décident du confort de vos huit prochaines heures de frappe, et sur lesquelles à peu près personne ne vous donne d'explication claire avant l'achat.

Derrière ces couleurs il y a trois façons de résister au doigt, quatre chiffres qui comptent sur une fiche technique, et une bonne dizaine de fabricants qui ne respectent la convention que lorsque ça les arrange.

Trois familles, trois courbes de force

Tout se joue sur ce que la touche vous oppose pendant sa descente. Un switch de clavier mécanique fait environ 4 mm de course, et la façon dont la résistance évolue sur ces 4 mm définit sa famille.

Linéaire : rien ne se passe, jusqu'à la butée

La résistance augmente régulièrement, du haut jusqu'en bas, sans accroc. Aucun signal ne vous indique le moment de l'activation : la touche répond avant que vous ne sentiez quoi que ce soit. C'est ce qui les rend rapides et silencieux, et c'est aussi ce qui déroute au début — on a tendance à écraser chaque touche jusqu'au fond par manque de repère.

C'est la famille dominante en jeu. Le CHERRY XTRFY K5V2 embarque les MX2A Red, la révision 2023 du switch de référence : mêmes 45 g d'actionnement, mais un guidage revu et une lubrification d'usine qui suppriment le grattement des anciennes générations.

Tactile : une bosse au milieu de la course

Une bosse se franchit au milieu de la course et vous signale, par le toucher, que la frappe est passée. Vous pouvez alors relâcher sans aller au fond. C'est le meilleur compromis pour qui écrit beaucoup : on gagne en précision sans le vacarme du clicky. Une nuance tout de même : sur les tactiles les plus anciens, MX Brown en tête, la bosse et le point d'activation à 2 mm ne coïncident pas tout à fait, ce qui vaut à ce switch sa réputation de « bosse molle ».

Le Cougar Attack X3 monte des Cherry MX Brown, la référence historique de cette famille : 45 g à l'activation, un pic à 55 g au passage de la bosse.

Clicky : la bosse, et le bruit qui va avec

Même principe que le tactile, avec une pièce supplémentaire qui produit un clic sonore net à l'activation. Le retour est sans ambiguïté, la satisfaction de frappe est réelle, et vos collègues vous détesteront. À réserver à une pièce où vous êtes seul.

Le Razer BlackWidow V3 TKL et ses Razer Green sont l'archétype du clicky moderne : environ 50 g, un clic sec et fort.

Lire une fiche technique sans se faire avoir

Quatre chiffres comptent.

  • Force d'actionnement, en grammes : 45 g est la norme, 35 à 40 g est léger, 60 g et plus demande un doigt appuyé. Trop léger provoque des fautes de frappe, trop lourd fatigue sur la durée.
  • Point d'activation, en millimètres : 2 mm est le standard. Les switches dits « speed » descendent à 1,2 mm, ce qui accélère le déclenchement mais multiplie les appuis involontaires.
  • Course totale : 4 mm sur un switch classique, environ 3,2 mm sur un modèle low profile.
  • Point de réarmement : la hauteur à laquelle il faut remonter pour pouvoir réappuyer. Il détermine la vitesse de répétition.

Le code couleur n'a rien d'une norme. Rouge pour linéaire, marron pour tactile, bleu pour clicky : c'est une convention héritée de Cherry, que chaque fabricant respecte à peu près, jusqu'à ce qu'il décide d'appeler « Red » un switch tactile. Vérifiez toujours la famille annoncée, pas la couleur.

Cherry, Gateron, Outemu : qui fait quoi

Les brevets de Cherry sur le mécanisme MX sont expirés depuis longtemps, et les premiers clones sont arrivés avant même que la marque ne le reconnaisse : les Razer BlackWidow de 2010 tournaient déjà avec des Kailh. Un écosystème entier de fabricants produit aujourd'hui des switches compatibles, et l'écart de qualité s'est refermé.

  • Cherry MX : la référence, allemande, régulière. La génération MX2A a corrigé le principal reproche fait à la marque, un toucher moins fluide que celui de ses concurrents.
  • Gateron : souvent plus doux que l'équivalent Cherry, pour moins cher. Les Yellow linéaires sont devenus un classique du rapport qualité-prix.
  • Outemu : le plus abordable, celui qu'on trouve sur les claviers d'entrée de gamme. Moins régulier, mais parfaitement utilisable.
  • Kailh : spécialiste des formats particuliers, notamment les low profile.

Le PREYON Long Claw illustre l'offre Gateron Brown : la même bosse tactile que le MX Brown, avec un toucher un peu plus lisse.

À l'autre bout du budget, le The G-Lab Keyz Thallium se décline en Blue. C'est la façon la moins coûteuse de savoir si le clicky vous plaît avant d'y mettre 80 €.

Les switches maison des grandes marques

Razer, Logitech, ASUS, SteelSeries et Roccat conçoivent leurs propres switches. Ils sont souvent excellents, mais ils vous enferment : impossible de les remplacer par un modèle du marché, et le stock de rechange dépend du fabricant.

Le ASUS ROG Falchion ACE et ses ROG NX Red en sont un bon exemple : linéaires, bien lubrifiés d'usine, dans un format 65 % soigné.

Chez Logitech, le G512 Carbon GX Brown propose la variante tactile de la gamme maison, sur un châssis en aluminium.

Les variantes qui comptent vraiment

Les silencieux

Un switch « Silent » intègre des amortisseurs en caoutchouc sur la tige, qui étouffent le bruit à la butée et au retour. Vous perdez un peu de netteté dans le toucher, vous gagnez un clavier utilisable à côté de quelqu'un qui dort. C'est le seul moyen d'avoir un mécanique discret sans revenir à la membrane.

Le Cherry G80-3000N TKL en donne la version sérieuse, avec des MX Silent Red en AZERTY.

Les low profile

Course raccourcie à environ 3,2 mm, activation vers 1,2 à 1,5 mm, hauteur du clavier divisée par deux. La frappe est plus sèche, plus proche d'un clavier d'ordinateur portable. Ceux qui viennent du portable les adorent, les autres les trouvent souvent trop courts.

Les speed

Des linéaires à activation très haute, autour de 1,2 mm. Le gain théorique est de quelques millisecondes ; le coût réel, ce sont les frappes déclenchées en posant simplement les doigts. À réserver au jeu, et à éviter si vous écrivez sur le même clavier.

Le son : ce dont personne ne parle avant l'achat

Deux claviers montés avec exactement les mêmes switches peuvent sonner de façon radicalement différente. Le switch ne fait qu'une partie du bruit ; le reste vient du châssis.

Un boîtier plastique creux résonne et produit un son aigu, souvent décrit comme un cliquetis de boîte vide. Un châssis en aluminium rempli de mousse absorbe les vibrations et donne un son grave et mat — le fameux « thock » recherché par les amateurs. Entre les deux, le montage compte autant : sur un clavier gasket mount, la plaque repose sur des joints souples au lieu d'être vissée, ce qui adoucit à la fois le bruit et la sensation.

  • Plaque en aluminium : son plus net et plus aigu, frappe plus ferme
  • Plaque en FR4 ou en POM : son plus doux, flexion plus marquée
  • Mousse de fond de caisse : supprime l'écho, presque toujours bénéfique
  • Montage gasket : amortit la frappe, réduit les résonances métalliques

Concrètement : si le son compte pour vous, regardez la construction du clavier autant que la référence du switch. Un MX Brown dans un boîtier premium sonnera mieux qu'un switch haut de gamme dans une coque bon marché.

Le hot-swap change la façon de choisir

Sur un clavier hot-swap, les switches se retirent à la main, sans soudure. Vous n'êtes plus obligé de choisir juste du premier coup : un jeu de switches coûte entre 20 et 40 €, et vous changez la sensation de votre clavier en un quart d'heure.

Vérifiez d'abord le nombre de broches : un support cinq broches accepte les switches trois broches, l'inverse n'est pas vrai. Vérifiez ensuite la compatibilité, car les switches propriétaires de certaines marques n'entrent pas dans un support standard.

Si vous hésitez entre plusieurs familles et que personne autour de vous n'a de clavier mécanique à vous prêter, un clavier hot-swap est un meilleur investissement qu'un modèle soudé mieux équipé.

Remplacer ses switches en pratique

L'opération prend un quart d'heure et ne demande aucun outil au-delà de ceux fournis avec le clavier.

  • Retirez les keycaps avec l'extracteur en tirant bien à la verticale
  • Sortez chaque switch avec la pince prévue, en pinçant les deux clips situés en haut et en bas du boîtier
  • Vérifiez que les broches du nouveau switch sont parfaitement droites avant de l'insérer : une broche tordue est la cause numéro un des touches mortes
  • Enfoncez sans forcer, jusqu'au clic ; si ça résiste, ressortez et redressez
  • Testez chaque touche avant de remettre les keycaps

Avant de commander un jeu de keycaps, vérifiez aussi la géométrie de votre clavier : un kit prévu pour l'ANSI ne couvrira ni la touche Entrée ni le Shift gauche d'un AZERTY. Nous l'avons détaillé dans ANSI contre ISO.

Un dernier conseil : achetez quelques switches de rechange en même temps que le jeu principal. Ils coûtent quelques euros et évitent d'immobiliser un clavier pour une seule touche défaillante.

Comment choisir sans essayer

  • Vous jouez surtout, en solo ou en compétitif : linéaire 45 g, activation 2 mm
  • Vous écrivez plusieurs heures par jour : tactile, la bosse évite d'écraser les touches
  • Vous êtes seul dans la pièce et vous aimez le bruit : clicky
  • Vous partagez un bureau : linéaire silencieux, jamais de clicky
  • Vous venez d'un clavier de portable : low profile, en tactile de préférence
  • Vous hésitez : un clavier hot-swap et un jeu de switches de rechange

Au-delà du mécanique

Deux familles sortent du cadre de cet article, parce qu'elles abandonnent le contact métallique : les switches optiques et les switches magnétiques. Toutes deux visent le jeu compétitif et se paient plus cher.

Nous les avons comparés en détail dans magnétique contre mécanique et dans optique contre mécanique. Et si vous partez d'un clavier à dôme de caoutchouc, commencez plutôt par membrane contre mécanique.

Pour comparer les modèles et les prix du jour, direction les claviers mécaniques, les claviers magnétiques, ou les formats compacts en TKL et 60 %.

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Types de switch : les questions fréquentes

Quelle est la différence entre un switch rouge, marron et bleu ?

Le rouge est linéaire : la course est lisse du haut en bas, sans repère. Le marron est tactile : une bosse au milieu signale l'activation. Le bleu est clicky : même bosse, plus un clic sonore. Ce code couleur reste une convention, pas une norme.

Quel switch choisir pour jouer ?

Un linéaire autour de 45 g avec une activation à 2 mm couvre la très grande majorité des besoins. Les switches « speed » à 1,2 mm ne se justifient qu'en FPS compétitif, et provoquent des frappes involontaires si vous écrivez sur le même clavier.

Les switches Gateron valent-ils les Cherry MX ?

Oui, et souvent pour moins cher. Les Gateron passent généralement pour plus doux que l'équivalent Cherry. La génération MX2A a réduit l'écart en apportant une lubrification d'usine, mais Cherry n'est plus la seule référence.

Qu'est-ce qu'un clavier hot-swap ?

Un clavier dont les switches se retirent à la main, sans soudure. Il permet de changer complètement la sensation de frappe pour 20 à 40 € de switches. Vérifiez le nombre de broches : un support cinq broches accepte les switches trois broches, l'inverse non.

Combien de temps dure un switch mécanique ?

Les fabricants annoncent 50 à 100 millions de frappes selon les gammes, soit dix à vingt fois la durée de vie d'une membrane. En pratique, un clavier mécanique meurt rarement de ses switches : ce sont le câble, le connecteur ou les keycaps qui lâchent en premier.

Existe-t-il des switches mécaniques silencieux ?

Oui, les variantes « Silent » intègrent des amortisseurs en caoutchouc sur la tige. Le toucher perd un peu de netteté, mais le clavier devient utilisable dans un bureau partagé — ce qu'aucun switch clicky ne permet.

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